{"id":1940,"date":"2023-01-30T21:24:34","date_gmt":"2023-01-30T20:24:34","guid":{"rendered":"https:\/\/aspeam.fr\/?p=1940"},"modified":"2023-01-30T21:24:34","modified_gmt":"2023-01-30T20:24:34","slug":"en-memoire-de-noel-coulet-1932-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/2023\/01\/30\/en-memoire-de-noel-coulet-1932-2023\/","title":{"rendered":"En m\u00e9moire de No\u00ebl Coulet (1932-2023)"},"content":{"rendered":"\n<p>N\u00e9 le 4 octobre 1932 \u00e0 Cogolin (Var), d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 90 ans le 15 janvier 2023 \u00e0 Aix-en-Provence (Bouches-du-Rh\u00f4ne), No\u00ebl Coulet est rest\u00e9 attach\u00e9 au long de son existence \u00e0 la Provence et \u00e0 la ville d\u2019Aix.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une \u00ab&nbsp;kh\u00e2gne&nbsp;\u00bb au Lyc\u00e9e Thiers de Marseille et des \u00e9tudes continu\u00e9es \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres d\u2019Aix-en-Provence, il \u00e9tait brillamment re\u00e7u \u00e0 l\u2019agr\u00e9gation d\u2019histoire en 1956. Il obtenait un premier poste au lyc\u00e9e de Tournon (Ard\u00e8che), mais il rejoignait d\u00e8s la rentr\u00e9e de 1957 le lyc\u00e9e Mignet d\u2019Aix, pour y enseigner jusqu\u2019en 1963. \u00c0 compter de 1960, cependant, sa carri\u00e8re universitaire se d\u00e9veloppait \u00e0 la facult\u00e9s des Lettres d\u2019Aix-en-Provence puis \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Provence. D\u2019abord charg\u00e9 de cours, il devenait assistant en 1963, ma\u00eetre-assistant en 1968, charg\u00e9 d\u2019enseignement en 1971, professeur en 1980. Il dirigeait de longues ann\u00e9es le D\u00e9partement d\u2019histoire. Il participait encore \u00e0 l\u2019UMR Telemme depuis sa fondation (1994), avec une vraie pr\u00e9sence jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re ann\u00e9e. De fait, devenu professeur \u00e9m\u00e9rite en 1998, il demeurait toujours aussi dynamique au service de la vie universitaire. Juste reconnaissance d\u2019une inlassable activit\u00e9 scientifique et p\u00e9dagogique, il \u00e9tait promu chevalier des palmes acad\u00e9miques en 1985 et officier en 1992.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ses \u00e9tudes, sa formation et sa maturation intellectuelles ne se s\u00e9par\u00e8rent pas des amiti\u00e9s et des \u00e9changes nou\u00e9s avec les historiens majeurs qui, d\u2019une mani\u00e8re ou de l\u2019autre, touch\u00e8rent \u00e0 l\u2019espace proven\u00e7al, tels Maurice Agulhon, Jacques Le Goff, Michel Vovelle et Georges Duby, son directeur de th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p>No\u00ebl Coulet soutint cette th\u00e8se d\u2019\u00c9tat devant l\u2019Universit\u00e9 de Provence, en 1979, sous le titre&nbsp;: <em>Aix-en-Provence, espace et relations d\u2019une capitale (milieu XIV<sup>e<\/sup> s.-milieu XV<sup>e<\/sup> s.)<\/em>. La qualit\u00e9 du m\u00e9moire permit son \u00e9dition quasi int\u00e9grale aux PUP en 1988. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019\u00e9rudition locale, au sens \u00e9troit du terme, mais d\u2019un mod\u00e8le historiographique qui fit \u00e9cole. Il se distingua comme une r\u00e9f\u00e9rence entre les th\u00e8ses d\u2019histoire urbaine, qui se multipliaient alors.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage illustrait bien s\u00fbr la dimension premi\u00e8re des travaux de No\u00ebl Coulet, savoir l\u2019\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 en Provence sur la fin du Moyen \u00c2ge. Dans ce registre, des publications nombreuses devan\u00e7aient la th\u00e8se puis continuaient ses pistes. Elles les \u00e9tendaient plut\u00f4t \u00e0 l\u2019ensemble des comt\u00e9s proven\u00e7aux, en allant des cit\u00e9s du bas pays \u00e0 l\u2019\u00e9conomie alpine. No\u00ebl Coulet \u00e9tablissait ainsi les temps et les modalit\u00e9s de l\u2019essor d\u2019une grande transhumance, entre autres dans une \u00e9tude qui fit date&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sources et aspects de la transhumance des ovins en Provence au bas Moyen \u00c2ge&nbsp;\u00bb, dans <em>Le monde alpin et rhodanien<\/em>, 6 (1978), p.&nbsp;213-247.<\/p>\n\n\n\n<p>Une place sp\u00e9ciale doit se reconna\u00eetre aux enqu\u00eates novatrices, men\u00e9es en une vingtaine d\u2019articles, sur le juda\u00efsme proven\u00e7al. L\u2019une des derni\u00e8res publication du regrett\u00e9 ma\u00eetre porta d\u2019ailleurs sur cet objet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dayas Quinoni, la Peste noire et la <em>tallia judeorum<\/em>&nbsp;\u00bb, dans <em>Revues des \u00e9tudes juives<\/em>, 181 (2022), p.&nbsp;159-184. Au long de ses contributions, il d\u00e9montra, au premier chef, la longue coexistence de la communaut\u00e9 juive avec la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne. Il mit son savoir \u00e0 la disposition des \u00e9tudiants de son universit\u00e9 en cr\u00e9ant, avec Jean-Marc Chouraqui, un enseignement sp\u00e9cifique, \u00e0 compter de 1990, sur le juda\u00efsme de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Les curiosit\u00e9s de No\u00ebl Coulet furent au vrai trop nombreuses pour les \u00e9num\u00e9rer. Avertissons seulement qu\u2019elles d\u00e9pass\u00e8rent de beaucoup le socio-\u00e9conomique, pour toucher au politique, \u00e0 l\u2019administration, \u00e0 la religion, aux croyances et aux expressions culturelles. Il ouvrit par exemple le champ \u00e0 l\u2019\u00e9tude des rituels politiques, telles les entr\u00e9es royales dans les villes de Provence aux XIV<sup>e<\/sup>-XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. L\u2019int\u00e9r\u00eat de No\u00ebl Coulet pour les id\u00e9ologies et les repr\u00e9sentations se trouve heureusement condens\u00e9 dans un recueil assez r\u00e9cent de ses \u00e9tudes principales en ces mati\u00e8res&nbsp;: <em>Rites, histoires et mythes de Provence<\/em>, PUP, Aix-en-Provence, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce volume signale encore que No\u00ebl Coulet \u00e9tendit ses investigations du Moyen \u00c2ge aux Temps modernes voire contemporains. Il en alla de la sorte avec&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les jeux de la F\u00eate-Dieu d\u2019Aix, une f\u00eate m\u00e9di\u00e9vale&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;83-103). Se rel\u00e8ve jusqu\u2019\u00e0 une r\u00e9vision, <em>cum grano salis<\/em>, des l\u00e9gendes autour du calisson (p.&nbsp;239-245)&nbsp;! Une derni\u00e8re publication, posthume, du ma\u00eetre sera, au reste, une notice sur la c\u00e9l\u00e8bre famille de confiseurs aixois des Parli, dont il descendait par sa m\u00e8re, pour le quatri\u00e8me tome du <em>Dictionnaire biographique des protestants fran\u00e7ais<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le aux recherches \u00e9rudites les plus vari\u00e9es, No\u00ebl Coulet contribua \u00e0 des synth\u00e8ses majeures sur la Provence. Avec Maurice Agulhon, il r\u00e9digea <em>L\u2019histoire de la Provence<\/em> pour la collection \u00ab&nbsp;Que sais-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb (n\u00b0&nbsp;149, derni\u00e8re \u00e9dition en 2018). Il \u00e9crivit, avec Martin Aurell et Jean-Paul Boyer, <em>La Provence au Moyen \u00c2ge<\/em>, titre paru aux PUP en 2005. Avec Florian Mazel, il dirigea enfin une <em>Histoire d\u2019Aix-en-Provence<\/em>, parue aux PUR en 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour No\u00ebl Coulet, l\u2019histoire proven\u00e7ale ne devait pas cependant se fermer sur elle-m\u00eame. Il se penchait sur les relations avec l\u2019Italie, comme il int\u00e9grait la Provence \u00e0 l\u2019ensemble des domaines dits \u00ab&nbsp;angevins&nbsp;\u00bb, ceux des deux dynasties des rois cap\u00e9tiens de Sicile-Naples.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s 1982, il donnait avec Alice Planche et Fran\u00e7oise Robin un ouvrage sur <em>Le roi Ren\u00e9<\/em> (Aix-en-Provence, \u00c9disud). Vers la m\u00eame \u00e9poque, il entreprenait des recherches sur le peuplement en synergie avec le Professeur Rinaldo Comba, pour le Pi\u00e9mont voisin. De la sorte, il se penchait sur l\u2019immigration italienne, sp\u00e9cialement pi\u00e9montaise. Citons&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mutations de l\u2019immigration italienne en basse Provence occidentale \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge&nbsp;\u00bb, dans <em>Strutture familiari, epidemie, migrazioni nell\u2019Italia medievale<\/em>, Naples, 1984, p.&nbsp;439-510. Puis, il d\u00e9couvrait, \u00e9ditait et interpr\u00e9tait un remarquable dossier qui illustrait encore les liens entre Provence et Italie&nbsp;: <em>Affaires d\u2019argent et affaires de famille en haute Provence au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le dossier du proc\u00e8s de Sybille de Cabris contre Matteo Villani et la compagnie des Buonnacorsi<\/em>, Rome, 1992 (Collection de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome, 158).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de 1995, le Professeur Coulet participait au renouveau des \u00e9tudes angevines. Il tenait un r\u00f4le essentiel dans la dense s\u00e9rie de colloques, organis\u00e9s au premier chef par l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome, qui relan\u00e7aient cette historiographie angevine. Il nouait alors un dialogue privil\u00e9gi\u00e9 avec le regrett\u00e9 Professeur Galasso. Deux essais en miroir attestent leurs \u00e9changes fructueux, dans le recueil&nbsp;: <em>L\u2019\u00c9tat angevin. Pouvoir, culture et soci\u00e9t\u00e9 entre XIII<sup>e<\/sup> et XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, Rome, 1998 (Collection de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome, 245). Aux pages 317-338, l\u2019on rel\u00e8ve l\u2019article de No\u00ebl Coulet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aix, capitale de la Provence angevine&nbsp;\u00bb. Suit, aux pages 339-360, celui de Giuseppe Galasso&nbsp;: \u00ab&nbsp;Carlo&nbsp;I d\u2019Angi\u00f2 e la scelta di Napoli come capitale&nbsp;\u00bb. Il vaut d\u2019ajouter que les ultimes travaux de No\u00ebl Coulet comportent deux publications dans des revues napolitaines. Il s\u2019agit, de fait, de points qui soulignent les destins convergents de la Provence et du Mezzogiorno&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;\u00ab&nbsp;La mort de Ladislas de Durazzo dans les sources proven\u00e7ales&nbsp;\u00bb, dans <em>Archivio storico per le province napoletane<\/em>, 139 (2021), p.&nbsp;315-322.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;\u00ab&nbsp;Aspects de la religion civique \u00e0 Arles au bas Moyen \u00c2ge. Cantars et entr\u00e9es dans la chronique de Bertrand Boysset&nbsp;\u00bb, dans <em>Polygraphia<\/em>, 3 (2021), p.&nbsp;355-374.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, dans la logique de son ouverture d\u2019esprit, No\u00ebl Coulet ne se limitait pas \u00e0 la Provence. Son int\u00e9r\u00eat pour l\u2019histoire religieuse en faisait le sp\u00e9cialiste europ\u00e9en des visites pastorales dans l\u2019Occident chr\u00e9tien. Signalons, en particulier&nbsp;: <em>Les visites Pastorales<\/em> (Typologie des sources du Moyen \u00c2ge occidental, 23, Br\u00e9pols, Turnhout, 1977, mise \u00e0 jour en 1985).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00e9sum\u00e9, aussi rapide soit-il, laisse comprendre les orientations m\u00e9thodologiques de No\u00ebl Coulet. Sa priorit\u00e9 initiale \u00e9tait la qu\u00eate des sources, leur transcription et leur examen. Il conviendrait de parler m\u00eame d\u2019humilit\u00e9 devant les sources. Cette position \u00e9pist\u00e9mologique signifiait le refus de l\u2019esprit de syst\u00e8me, de la confusion \u00e0 bien regarder entre interpr\u00e9tations philosophiques du monde et histoire. L\u2019horizon d\u2019une telle d\u00e9marche \u00e9tait donc le souci de la v\u00e9rit\u00e9. De l\u00e0 d\u00e9coulait une vigilance inlassable pour poser question \u00e0 tout, pour recevoir tout ce que les sources enseignaient ou d\u00e9non\u00e7aient.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pass\u00e9 se purgeait alors de ses l\u00e9gendes, celles qu\u2019il avait invent\u00e9es comme celles qui s\u2019\u00e9taient \u00e9difi\u00e9es \u00e0 son propos. Ainsi No\u00ebl Coulet d\u00e9non\u00e7ait-il l\u2019\u00e9laboration relativement tardive, surtout \u00e0 compter du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, de la croyance dans l\u2019apostolat proven\u00e7al des saints de B\u00e9thanie. Il ne s\u2019agissait ni certes d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 historique, ni m\u00eame d\u2019une conviction inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e. Le sens critique du Professeur Coulet s\u2019exer\u00e7ait autant contre la fable du \u00ab&nbsp;bon roi Ren\u00e9&nbsp;\u00bb, forg\u00e9e en des \u00e9poques bien post\u00e9rieures, surtout au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En somme, la m\u00e9moire des peuples \u00e9tait tissue de fictions, parfois innocentes, souvent calcul\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur des bases devenues solides, la connaissance du Moyen \u00c2ge servait v\u00e9ritablement au pr\u00e9sent. Il pr\u00e9venait des m\u00e9canismes de haine qui, avec les crises entam\u00e9es par la Peste noire, trouvaient dans les juifs des victimes expiatoires. Il apprenait \u00e0 se m\u00e9fier des permanences, par exemple dans l\u2019habitat ou dans l\u2019\u00e9conomie rurale. Il rendait pourtant conscient du profond substrat sur lequel reposaient les soci\u00e9t\u00e9s, tel ce milieu proven\u00e7al auquel No\u00ebl Coulet \u00e9tait tant attach\u00e9. Or, son approche des mondes anciens lui survit.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, le professeur, au sens propre, avait autant d\u2019importance chez lui que le savant. Il laisse une cohorte de disciples, voire d\u2019\u00e9l\u00e8ves de disciples, pour prolonger son \u0153uvre. Chacun d\u2019eux t\u00e9moignera de son d\u00e9vouement pour soutenir les efforts des \u00e9tudiants et des jeunes chercheurs. Dans ce cadre, il d\u00e9veloppa ainsi une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec les universitaires canadiens, dont plusieurs comptent parmi les meilleurs m\u00e9di\u00e9vistes du moment. Il faudrait pouvoir inventorier les s\u00e9minaires qu\u2019il assura, les ma\u00eetrises et th\u00e8ses qu\u2019il dirigea, les HDR qu\u2019il guida, pour ne pas parler des jurys auxquels il participa. Disons-le, la t\u00e2che est impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9vouement \u00e9tait au reste une facette de son souci de soutenir les entreprises collectives. Le simple survol de sa bibliographie a d\u00e9j\u00e0 averti de cette disposition. Il conviendrait d\u2019ajouter les livres dont il accepta la direction. Il venait de conclure, \u00e0 la veille de sa mort, la supervision des <em>M\u00e9langes en l\u2019honneur d\u2019\u00c9lisabeth Sauze<\/em> (<em>Provence historique<\/em>, fasc.&nbsp;272, 2022). Dans des ann\u00e9es r\u00e9centes encore, sa vaste science avait apport\u00e9 une contribution constante et opportune \u00e0 l\u2019\u00e9dition, sous la direction de Thierry P\u00e9cout, des grandes enqu\u00eates sur leurs droits voulues par les rois \u00ab&nbsp;angevins&nbsp;\u00bb&nbsp;: celle de 1297-1299 et celle de 1331-1334 (soit dix volumes publi\u00e9s par le CTHS, en 2008-2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Le sens exceptionnel du bien commun, chez No\u00ebl Coulet, se distinguait \u00e9galement dans la direction de la revue <em>Provence historique<\/em>. Il en assurait la conduite depuis 1980, et le jour m\u00eame de son d\u00e9c\u00e8s il s\u2019astreignait encore \u00e0 cette t\u00e2che. Avec lui, <em>Provence historique<\/em> devint au reste l\u2019une des revues savantes les plus estim\u00e9es de l\u2019Universit\u00e9 fran\u00e7aise. Tant comme directeur de revue que comme administrateur, il s\u2019impliqua pendant des d\u00e9cennies dans les activit\u00e9s associatives de la F\u00e9d\u00e9ration historique de Provence. Il en accompagna et en favorisa toutes les mutations, particuli\u00e8rement lors de la mise en ligne de <em>Provence historique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019humanisme de No\u00ebl Coulet, son sens du collectif et du service d\u2019autrui s\u2019\u00e9tendaient \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e. Ils trouvaient l\u00e0 un domaine pour se d\u00e9ployer encore et un moteur. Entendons ici, avant tout, son engagement dans la F\u00e9d\u00e9ration protestante de France. Il en pr\u00e9sida le forum des relations \u0153cum\u00e9niques, responsabilit\u00e9 fort significative de son ouverture vers les autres. Il en pr\u00e9sida \u00e9galement la commission acad\u00e9mique et l\u2019Institut de th\u00e9ologie. L\u2019on trouvera d\u2019ailleurs une excellente notice sur le regrett\u00e9 professeur, due \u00e0 R\u00e9gis Bertrand, dans le <em>Dictionnaire biographique des protestants fran\u00e7ais<\/em>, dir. P.&nbsp;Cabanel et A.&nbsp;Encrev\u00e9, t.&nbsp;I, Paris, 2015, p.&nbsp;757.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est assur\u00e9ment une perte immense que viennent de subir ses amis, ses \u00e9l\u00e8ves et l\u2019Universit\u00e9 fran\u00e7aise aux c\u00f4t\u00e9s de sa famille, dont beaucoup partagent la douleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Les \u00e9l\u00e8ves et coll\u00e8gues de No\u00ebl Coulet<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mille visages d\u2019Aix-en-Provence, Dictionnaire biographique<\/em>, Aix, Acad\u00e9mie d\u2019Aix \u00c9ditions, 2023 :<\/p>\n\n\n\n<p>COULET No\u00ebl,<\/p>\n\n\n\n<p>Historien m\u00e9di\u00e9viste<\/p>\n\n\n\n<p>n\u00e9 \u00e0 Cogolin (Var) le 4 octobre 1932, mort \u00e0 Aix-en-Provence le 15 janvier 2023<\/p>\n\n\n\n<p>Descendant par sa m\u00e8re des calissonniers Parli, N. Coulet a fait ses \u00e9tudes \u00e0 Aix et ensuite toute sa carri\u00e8re universitaire \u00e0 la facult\u00e9 des lettres, o\u00f9 G. Duby* l\u2019a appel\u00e9 d\u00e8s 1960. Il y a \u00e9t\u00e9 professeur d\u2019histoire du Moyen \u00c2ge de 1980 \u00e0 1998. Son \u0153uvre consid\u00e9rable est presque enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 Aix et \u00e0 la Provence. Sa grande th\u00e8se d\u2019\u00c9tat, <em>Aix-en-Provence. Espace et relations d\u2019une capitale (milieu XIV<sup>e<\/sup> s-milieu XV<sup>e<\/sup> s<\/em>.<em>)<\/em>, soutenue en 1979, publi\u00e9e en 1988, reste un mod\u00e8le historiographique et une \u00e9tude sans \u00e9quivalent d\u2019une p\u00e9riode de l\u2019histoire de la ville. Il \u00e9tendit ensuite ses nombreux questionnements \u00e0 l\u2019ensemble de la Provence de la fin du Moyen \u00c2ge, conjuguant une extr\u00eame rigueur critique \u00e0 une exceptionnelle connaissance des sources. Il avait d\u00e9but\u00e9 par l\u2019histoire \u00e9conomique et sociale, avec des articles d\u00e9sormais classiques sur la naissance des bastides ou l\u2019essor de la transhumance. Il consacra une vingtaine d\u2019\u00e9tudes au juda\u00efsme proven\u00e7al. Il pratiqua pr\u00e9cocement l\u2019ethnohistoire avec ses \u00e9tudes sur les rituels d\u2019entr\u00e9es royales ou sur l\u2019\u00e9volution de la f\u00eate-Dieu. Il r\u00e9unit en recueil en 2012 ses principaux travaux d\u2019histoire des repr\u00e9sentations : <em>Rites, histoires et mythes de Provence<\/em>, Aix, PUP.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ses \u00e9l\u00e8ves, il a jou\u00e9 un r\u00f4le fondamental dans le renouvellement international des \u00e9tudes angevines et le d\u00e9veloppement franco-canadien des recherches sur la Haute-Provence m\u00e9di\u00e9vale. Il a donn\u00e9, en collaboration avec M. Agulhon*, une <em>Histoire de la Provence<\/em> novatrice en 1987 dans la collection Que sais-je&nbsp;? (derni\u00e8re \u00e9dition 2018), puis en 2005, aux PuP, avec M. Aurell et J.-P. Boyer, une somme, <em>La Provence au Moyen-\u00c2ge<\/em>. Il a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire du dioc\u00e8se d\u2019Aix dirig\u00e9e par J. R. Palanque* (Paris, Beauchesne, 1975) et \u00e0 l\u2019<em>Histoire d\u2019Aix<\/em> des \u00e9ditions \u00c9disud en 1977. Il codirigea avec Fl. Mazel la nouvelle <em>Histoire d\u2019Aix-en-Provence<\/em>, publi\u00e9e \u00e0 Rennes, aux PuR, en 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>No\u00ebl Coulet avait succ\u00e9d\u00e9 en 1980 \u00e0 P.-A. F\u00e9vrier* \u00e0 la direction de <em>Provence Historique<\/em>. Il s\u2019y consacra sans rel\u00e2che. Il a coordonn\u00e9 la derni\u00e8re livraison de 2022 parue une semaine avant sa mort, lui donnant une pr\u00e9face et un article. Animateur de l\u2019association des amis de P.-A. F\u00e9vrier, il s\u2019est occup\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es de l\u2019accueil \u00e0 Aix, dans l\u2019appartement que P.-A. F\u00e9vrier avait l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9, de tr\u00e8s nombreux doctorants ou chercheurs venus travailler \u00e0 Aix sur l\u2019Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>RB<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 le 4 octobre 1932 \u00e0 Cogolin (Var), d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 90 ans le 15 janvier 2023 \u00e0 Aix-en-Provence (Bouches-du-Rh\u00f4ne), No\u00ebl Coulet est rest\u00e9 attach\u00e9 au long de son existence \u00e0 la Provence et \u00e0 la ville d\u2019Aix. Apr\u00e8s une \u00ab&nbsp;kh\u00e2gne&nbsp;\u00bb au Lyc\u00e9e Thiers de Marseille et des \u00e9tudes continu\u00e9es \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres d\u2019Aix-en-Provence, il \u00e9tait brillamment re\u00e7u \u00e0 l\u2019agr\u00e9gation d\u2019histoire en 1956. Il obtenait un premier poste au lyc\u00e9e de Tournon (Ard\u00e8che), mais il rejoignait d\u00e8s la rentr\u00e9e de 1957 le lyc\u00e9e Mignet d\u2019Aix, pour y enseigner jusqu\u2019en 1963. \u00c0 compter de 1960, cependant, sa carri\u00e8re universitaire se d\u00e9veloppait \u00e0 la facult\u00e9s des Lettres d\u2019Aix-en-Provence puis \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Provence. D\u2019abord charg\u00e9 de cours, il devenait assistant en 1963, ma\u00eetre-assistant en 1968, charg\u00e9 d\u2019enseignement en 1971, professeur en 1980. Il dirigeait de longues ann\u00e9es le D\u00e9partement d\u2019histoire. Il participait encore \u00e0 l\u2019UMR Telemme depuis sa fondation (1994), avec une vraie pr\u00e9sence jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re ann\u00e9e. De fait, devenu professeur \u00e9m\u00e9rite en 1998, il demeurait toujours aussi dynamique au service de la vie universitaire. Juste reconnaissance d\u2019une inlassable activit\u00e9 scientifique et p\u00e9dagogique, il \u00e9tait promu chevalier des palmes acad\u00e9miques en 1985 et officier en 1992. Depuis ses \u00e9tudes, sa formation et sa maturation intellectuelles ne se s\u00e9par\u00e8rent pas des amiti\u00e9s et des \u00e9changes nou\u00e9s avec les historiens majeurs qui, d\u2019une mani\u00e8re ou de l\u2019autre, touch\u00e8rent \u00e0 l\u2019espace proven\u00e7al, tels Maurice Agulhon, Jacques Le Goff, Michel Vovelle et Georges Duby, son directeur de th\u00e8se. No\u00ebl Coulet soutint cette th\u00e8se d\u2019\u00c9tat devant l\u2019Universit\u00e9 de Provence, en 1979, sous le titre&nbsp;: Aix-en-Provence, espace et relations d\u2019une capitale (milieu XIVe s.-milieu XVe s.). La qualit\u00e9 du m\u00e9moire permit son \u00e9dition quasi int\u00e9grale aux PUP en 1988. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019\u00e9rudition locale, au sens \u00e9troit du terme, mais d\u2019un mod\u00e8le historiographique qui fit \u00e9cole. Il se distingua comme une r\u00e9f\u00e9rence entre les th\u00e8ses d\u2019histoire urbaine, qui se multipliaient alors. L\u2019ouvrage illustrait bien s\u00fbr la dimension premi\u00e8re des travaux de No\u00ebl Coulet, savoir l\u2019\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 en Provence sur la fin du Moyen \u00c2ge. Dans ce registre, des publications nombreuses devan\u00e7aient la th\u00e8se puis continuaient ses pistes. Elles les \u00e9tendaient plut\u00f4t \u00e0 l\u2019ensemble des comt\u00e9s proven\u00e7aux, en allant des cit\u00e9s du bas pays \u00e0 l\u2019\u00e9conomie alpine. No\u00ebl Coulet \u00e9tablissait ainsi les temps et les modalit\u00e9s de l\u2019essor d\u2019une grande transhumance, entre autres dans une \u00e9tude qui fit date&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sources et aspects de la transhumance des ovins en Provence au bas Moyen \u00c2ge&nbsp;\u00bb, dans Le monde alpin et rhodanien, 6 (1978), p.&nbsp;213-247. Une place sp\u00e9ciale doit se reconna\u00eetre aux enqu\u00eates novatrices, men\u00e9es en une vingtaine d\u2019articles, sur le juda\u00efsme proven\u00e7al. L\u2019une des derni\u00e8res publication du regrett\u00e9 ma\u00eetre porta d\u2019ailleurs sur cet objet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dayas Quinoni, la Peste noire et la tallia judeorum&nbsp;\u00bb, dans Revues des \u00e9tudes juives, 181 (2022), p.&nbsp;159-184. Au long de ses contributions, il d\u00e9montra, au premier chef, la longue coexistence de la communaut\u00e9 juive avec la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne. Il mit son savoir \u00e0 la disposition des \u00e9tudiants de son universit\u00e9 en cr\u00e9ant, avec Jean-Marc Chouraqui, un enseignement sp\u00e9cifique, \u00e0 compter de 1990, sur le juda\u00efsme de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours. Les curiosit\u00e9s de No\u00ebl Coulet furent au vrai trop nombreuses pour les \u00e9num\u00e9rer. Avertissons seulement qu\u2019elles d\u00e9pass\u00e8rent de beaucoup le socio-\u00e9conomique, pour toucher au politique, \u00e0 l\u2019administration, \u00e0 la religion, aux croyances et aux expressions culturelles. Il ouvrit par exemple le champ \u00e0 l\u2019\u00e9tude des rituels politiques, telles les entr\u00e9es royales dans les villes de Provence aux XIVe-XVe si\u00e8cles. L\u2019int\u00e9r\u00eat de No\u00ebl Coulet pour les id\u00e9ologies et les repr\u00e9sentations se trouve heureusement condens\u00e9 dans un recueil assez r\u00e9cent de ses \u00e9tudes principales en ces mati\u00e8res&nbsp;: Rites, histoires et mythes de Provence, PUP, Aix-en-Provence, 2012. Ce volume signale encore que No\u00ebl Coulet \u00e9tendit ses investigations du Moyen \u00c2ge aux Temps modernes voire contemporains. Il en alla de la sorte avec&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les jeux de la F\u00eate-Dieu d\u2019Aix, une f\u00eate m\u00e9di\u00e9vale&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;83-103). Se rel\u00e8ve jusqu\u2019\u00e0 une r\u00e9vision, cum grano salis, des l\u00e9gendes autour du calisson (p.&nbsp;239-245)&nbsp;! Une derni\u00e8re publication, posthume, du ma\u00eetre sera, au reste, une notice sur la c\u00e9l\u00e8bre famille de confiseurs aixois des Parli, dont il descendait par sa m\u00e8re, pour le quatri\u00e8me tome du Dictionnaire biographique des protestants fran\u00e7ais. En parall\u00e8le aux recherches \u00e9rudites les plus vari\u00e9es, No\u00ebl Coulet contribua \u00e0 des synth\u00e8ses majeures sur la Provence. Avec Maurice Agulhon, il r\u00e9digea L\u2019histoire de la Provence pour la collection \u00ab&nbsp;Que sais-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb (n\u00b0&nbsp;149, derni\u00e8re \u00e9dition en 2018). Il \u00e9crivit, avec Martin Aurell et Jean-Paul Boyer, La Provence au Moyen \u00c2ge, titre paru aux PUP en 2005. Avec Florian Mazel, il dirigea enfin une Histoire d\u2019Aix-en-Provence, parue aux PUR en 2020. Pour No\u00ebl Coulet, l\u2019histoire proven\u00e7ale ne devait pas cependant se fermer sur elle-m\u00eame. Il se penchait sur les relations avec l\u2019Italie, comme il int\u00e9grait la Provence \u00e0 l\u2019ensemble des domaines dits \u00ab&nbsp;angevins&nbsp;\u00bb, ceux des deux dynasties des rois cap\u00e9tiens de Sicile-Naples. D\u00e8s 1982, il donnait avec Alice Planche et Fran\u00e7oise Robin un ouvrage sur Le roi Ren\u00e9 (Aix-en-Provence, \u00c9disud). Vers la m\u00eame \u00e9poque, il entreprenait des recherches sur le peuplement en synergie avec le Professeur Rinaldo Comba, pour le Pi\u00e9mont voisin. De la sorte, il se penchait sur l\u2019immigration italienne, sp\u00e9cialement pi\u00e9montaise. Citons&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mutations de l\u2019immigration italienne en basse Provence occidentale \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge&nbsp;\u00bb, dans Strutture familiari, epidemie, migrazioni nell\u2019Italia medievale, Naples, 1984, p.&nbsp;439-510. Puis, il d\u00e9couvrait, \u00e9ditait et interpr\u00e9tait un remarquable dossier qui illustrait encore les liens entre Provence et Italie&nbsp;: Affaires d\u2019argent et affaires de famille en haute Provence au XIVe si\u00e8cle, le dossier du proc\u00e8s de Sybille de Cabris contre Matteo Villani et la compagnie des Buonnacorsi, Rome, 1992 (Collection de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome, 158). \u00c0 partir de 1995, le Professeur Coulet participait au renouveau des \u00e9tudes angevines. Il tenait un r\u00f4le essentiel dans la dense s\u00e9rie de colloques, organis\u00e9s au premier chef par l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome, qui relan\u00e7aient cette historiographie angevine. Il nouait alors un dialogue privil\u00e9gi\u00e9 avec le regrett\u00e9 Professeur Galasso. Deux essais en miroir attestent leurs \u00e9changes fructueux, dans le recueil&nbsp;: L\u2019\u00c9tat angevin. Pouvoir, culture et soci\u00e9t\u00e9 entre XIIIe et XIVe si\u00e8cle, Rome, 1998 (Collection de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome, 245). Aux pages 317-338, l\u2019on rel\u00e8ve l\u2019article de No\u00ebl Coulet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aix, capitale de la Provence angevine&nbsp;\u00bb. Suit, aux pages 339-360, celui de Giuseppe Galasso&nbsp;: \u00ab&nbsp;Carlo&nbsp;I d\u2019Angi\u00f2 e la scelta di Napoli come capitale&nbsp;\u00bb. Il vaut d\u2019ajouter que les ultimes travaux de No\u00ebl Coulet comportent deux publications dans des revues napolitaines. Il s\u2019agit, de fait, de points qui soulignent les destins convergents de la Provence et du Mezzogiorno&nbsp;: &#8211;&nbsp;\u00ab&nbsp;La mort de Ladislas de Durazzo dans les sources proven\u00e7ales&nbsp;\u00bb, dans Archivio storico per le province napoletane, 139 (2021), p.&nbsp;315-322. &#8211;&nbsp;\u00ab&nbsp;Aspects de la religion civique \u00e0 Arles au bas Moyen \u00c2ge. Cantars et entr\u00e9es dans la chronique de Bertrand Boysset&nbsp;\u00bb, dans Polygraphia, 3 (2021), p.&nbsp;355-374. Enfin, dans la logique de son ouverture d\u2019esprit, No\u00ebl Coulet ne se limitait pas \u00e0 la Provence. Son int\u00e9r\u00eat pour l\u2019histoire religieuse en faisait le sp\u00e9cialiste europ\u00e9en des visites pastorales dans l\u2019Occident chr\u00e9tien. Signalons, en particulier&nbsp;: Les visites Pastorales (Typologie des sources du Moyen \u00c2ge occidental, 23, Br\u00e9pols, Turnhout, 1977, mise \u00e0 jour en 1985). Ce r\u00e9sum\u00e9, aussi rapide soit-il, laisse comprendre les orientations m\u00e9thodologiques de No\u00ebl Coulet. Sa priorit\u00e9 initiale \u00e9tait la qu\u00eate des sources, leur transcription et leur examen. Il conviendrait de parler m\u00eame d\u2019humilit\u00e9 devant les sources. Cette position \u00e9pist\u00e9mologique signifiait le refus de l\u2019esprit de syst\u00e8me, de la confusion \u00e0 bien regarder entre interpr\u00e9tations philosophiques du monde et histoire. L\u2019horizon d\u2019une telle d\u00e9marche \u00e9tait donc le souci de la v\u00e9rit\u00e9. De l\u00e0 d\u00e9coulait une vigilance inlassable pour poser question \u00e0 tout, pour recevoir tout ce que les sources enseignaient ou d\u00e9non\u00e7aient. Le pass\u00e9 se purgeait alors de ses l\u00e9gendes, celles qu\u2019il avait invent\u00e9es comme celles qui s\u2019\u00e9taient \u00e9difi\u00e9es \u00e0 son propos. Ainsi No\u00ebl Coulet d\u00e9non\u00e7ait-il l\u2019\u00e9laboration relativement tardive, surtout \u00e0 compter du XIIIe si\u00e8cle, de la croyance dans l\u2019apostolat proven\u00e7al des saints de B\u00e9thanie. Il ne s\u2019agissait ni certes d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 historique, ni m\u00eame d\u2019une conviction inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e. Le sens critique du Professeur Coulet s\u2019exer\u00e7ait autant contre la fable du \u00ab&nbsp;bon roi Ren\u00e9&nbsp;\u00bb, forg\u00e9e en des \u00e9poques bien post\u00e9rieures, surtout au XIXe si\u00e8cle. En somme, la m\u00e9moire des peuples \u00e9tait tissue de fictions, parfois innocentes, souvent calcul\u00e9es. Sur des bases devenues solides, la connaissance du Moyen \u00c2ge servait v\u00e9ritablement au pr\u00e9sent. Il pr\u00e9venait des m\u00e9canismes de haine qui, avec les crises entam\u00e9es par la Peste noire, trouvaient dans les juifs des victimes expiatoires. Il apprenait \u00e0 se m\u00e9fier des permanences, par exemple dans l\u2019habitat ou dans l\u2019\u00e9conomie rurale. Il rendait pourtant conscient du profond substrat sur lequel reposaient les soci\u00e9t\u00e9s, tel ce milieu proven\u00e7al auquel No\u00ebl Coulet \u00e9tait tant attach\u00e9. Or, son approche des mondes anciens lui survit. En effet, le professeur, au sens propre, avait autant d\u2019importance chez lui que le savant. Il laisse une cohorte de disciples, voire d\u2019\u00e9l\u00e8ves de disciples, pour prolonger son \u0153uvre. Chacun d\u2019eux t\u00e9moignera de son d\u00e9vouement pour soutenir les efforts des \u00e9tudiants et des jeunes chercheurs. Dans ce cadre, il d\u00e9veloppa ainsi une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec les universitaires canadiens, dont plusieurs comptent parmi les meilleurs m\u00e9di\u00e9vistes du moment. Il faudrait pouvoir inventorier les s\u00e9minaires qu\u2019il assura, les ma\u00eetrises et th\u00e8ses qu\u2019il dirigea, les HDR qu\u2019il guida, pour ne pas parler des jurys auxquels il participa. Disons-le, la t\u00e2che est impossible. Ce d\u00e9vouement \u00e9tait au reste une facette de son souci de soutenir les entreprises collectives. Le simple survol de sa bibliographie a d\u00e9j\u00e0 averti de cette disposition. Il conviendrait d\u2019ajouter les livres dont il accepta la direction. Il venait de conclure, \u00e0 la veille de sa mort, la supervision des M\u00e9langes en l\u2019honneur d\u2019\u00c9lisabeth Sauze (Provence historique, fasc.&nbsp;272, 2022). Dans des ann\u00e9es r\u00e9centes encore, sa vaste science avait apport\u00e9 une contribution constante et opportune \u00e0 l\u2019\u00e9dition, sous la direction de Thierry P\u00e9cout, des grandes enqu\u00eates sur leurs droits voulues par les rois \u00ab&nbsp;angevins&nbsp;\u00bb&nbsp;: celle de 1297-1299 et celle de 1331-1334 (soit dix volumes publi\u00e9s par le CTHS, en 2008-2018). Le sens exceptionnel du bien commun, chez No\u00ebl Coulet, se distinguait \u00e9galement dans la direction de la revue Provence historique. Il en assurait la conduite depuis 1980, et le jour m\u00eame de son d\u00e9c\u00e8s il s\u2019astreignait encore \u00e0 cette t\u00e2che. Avec lui, Provence historique devint au reste l\u2019une des revues savantes les plus estim\u00e9es de l\u2019Universit\u00e9 fran\u00e7aise. Tant comme directeur de revue que comme administrateur, il s\u2019impliqua pendant des d\u00e9cennies dans les activit\u00e9s associatives de la F\u00e9d\u00e9ration historique de Provence. Il en accompagna et en favorisa toutes les mutations, particuli\u00e8rement lors de la mise en ligne de Provence historique. L\u2019humanisme de No\u00ebl Coulet, son sens du collectif et du service d\u2019autrui s\u2019\u00e9tendaient \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e. Ils trouvaient l\u00e0 un domaine pour se d\u00e9ployer encore et un moteur. Entendons ici, avant tout, son engagement dans la F\u00e9d\u00e9ration protestante de France. Il en pr\u00e9sida le forum des relations \u0153cum\u00e9niques, responsabilit\u00e9 fort significative de son ouverture vers les autres. Il en pr\u00e9sida \u00e9galement la commission acad\u00e9mique et l\u2019Institut de th\u00e9ologie. L\u2019on trouvera d\u2019ailleurs une excellente notice sur le regrett\u00e9 professeur, due \u00e0 R\u00e9gis Bertrand, dans le Dictionnaire biographique des protestants fran\u00e7ais, dir. P.&nbsp;Cabanel et A.&nbsp;Encrev\u00e9, t.&nbsp;I, Paris, 2015, p.&nbsp;757. C\u2019est assur\u00e9ment une perte immense que viennent de subir ses amis, ses \u00e9l\u00e8ves et l\u2019Universit\u00e9 fran\u00e7aise aux c\u00f4t\u00e9s de sa famille, dont beaucoup partagent la douleur. Les \u00e9l\u00e8ves et coll\u00e8gues de No\u00ebl Coulet Mille visages d\u2019Aix-en-Provence, Dictionnaire biographique, Aix, Acad\u00e9mie d\u2019Aix \u00c9ditions, 2023 : COULET No\u00ebl, Historien m\u00e9di\u00e9viste n\u00e9 \u00e0 Cogolin (Var) le 4 octobre 1932, mort \u00e0 Aix-en-Provence le 15 janvier 2023 Descendant par sa m\u00e8re des calissonniers Parli, N. Coulet a fait ses \u00e9tudes \u00e0 Aix et ensuite toute sa carri\u00e8re universitaire \u00e0 la facult\u00e9 des lettres, o\u00f9 G. Duby* l\u2019a appel\u00e9 d\u00e8s 1960. Il y a \u00e9t\u00e9 professeur d\u2019histoire du Moyen \u00c2ge de 1980 \u00e0 1998. Son \u0153uvre consid\u00e9rable est presque enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 Aix et \u00e0 la Provence. Sa grande th\u00e8se d\u2019\u00c9tat, Aix-en-Provence. Espace et relations d\u2019une capitale (milieu XIVe s-milieu XVe s.), soutenue en 1979, publi\u00e9e en&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[92],"tags":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1940"}],"collection":[{"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1940"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1940\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1941,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1940\/revisions\/1941"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1940"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1940"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1940"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}