{"id":2983,"date":"2024-11-15T20:22:52","date_gmt":"2024-11-15T19:22:52","guid":{"rendered":"https:\/\/aspeam.fr\/?p=2983"},"modified":"2024-11-17T20:35:28","modified_gmt":"2024-11-17T19:35:28","slug":"hommage-a-paul-louis-malaussena-1938-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/2024\/11\/15\/hommage-a-paul-louis-malaussena-1938-2024\/","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Paul-Louis Malauss\u00e9na (1938-2024)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\">Olivier Vernier<br>Michel Bottin<br>Marc Ortolani<\/p>\n\n\n\n<p>Le Professeur Malauss\u00e9na est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 20 avril 2024. Avec ce d\u00e9part soudain, l&rsquo;histoire du droit perd un chercheur enracin\u00e9 dans l&rsquo;histoire du Comt\u00e9 de Nice et l\u2019Acad\u00e8mia et Nice-Historique un administrateur, collaborateur et auteur hors pair et l\u2019ASPEAM un pr\u00e9sident d\u2019honneur et membre fondateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les racines familiales de Paul Malauss\u00e9na sont issues des terroirs \u00ab authentiques \u00bb du Comt\u00e9 : racines utelloises du c\u00f4t\u00e9 paternel, racines turbiasques du c\u00f4t\u00e9 maternel (o\u00f9 l\u2019on se plaisait \u00e0 transmettre le r\u00e9cit du \u00ab sauvetage \u00bb et de la pr\u00e9servation de la statue de Notre-Dame-de-Laghet par un lointain anc\u00eatre lors de l\u2019entr\u00e9e des Fran\u00e7ais dans le Comt\u00e9 en 1792).<\/p>\n\n\n\n<p>Ses parents sont \u00e9clair\u00e9s par l\u2019histoire et l\u2019art : sa m\u00e8re Ad\u00e8le a tenu une galerie d\u2019art \u00e0 La Turbie et son p\u00e8re S\u00e9raphin, ancien combattant de la Guerre de 14 (o\u00f9 il eut comme camarade l\u2019\u00e9crivain Alain Fournier, l\u2019auteur du Grand Meaulnes), se d\u00e9voue, parall\u00e8lement \u00e0 ses fonctions dans la police nationale, envers la Mutualit\u00e9 polici\u00e8re \u00e0 Nice et \u00e0 l\u2019action sociale ; il est passionn\u00e9 d\u2019histoire de Nice et du Comt\u00e9, passion qu\u2019il transmettra \u00e0 Paul.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de ses \u00e9tudes secondaires ni\u00e7oises, l\u2019histoire et les langues anciennes le passionnent au point de vouloir parfaire son latin aupr\u00e8s d\u2019un v\u00e9n\u00e9rable (mais s\u00e9v\u00e8re) chanoine- ce qui lui servira lors de ses recherches ult\u00e9rieures de th\u00e8se- ; de tr\u00e8s vieux amis de sa famille, certains install\u00e9s \u00e0 La Turbie (ma\u00eetre Magagli) et \u00e0 Nice (Charles Fenoglio de Briga), f\u00e9rus d\u2019histoire locale lui conseillent de pr\u00e9senter alors le concours de l\u2019\u00c9cole des Chartes, ce qu\u2019il d\u00e9cline car cela l\u2019aurait contraint \u00e0 quitter Nice et le Comt\u00e9. Il d\u00e9cide alors de s\u2019inscrire \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Juridiques de Nice fond\u00e9 en 1937 par le doyen Louis Trotabas. Les cours sont dispens\u00e9s \u00e0 Nice et certains examens sont alors organis\u00e9s \u00e0 Aix-en-Provence.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9cide parall\u00e8lement d\u2019exercer des fonctions de surveillant dans des coll\u00e8ges, (notamment \u00e0 Cagnes-sur-Mer) o\u00f9 il rencontrera celle qui deviendra son \u00e9pouse, Dani\u00e8le et vers laquelle se tournent nos affectueuses pens\u00e9es. Il est \u00e9galement proche d\u2019un notable ni\u00e7ois Philippe Tiranty (1883-1973), inventeur de g\u00e9nie qui con\u00e7oit, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, les premi\u00e8res machines m\u00e9caniques \u00e0 affranchir le courrier et les fera breveter ; plus tard, il importera en Europe de l\u2019Ouest les premiers appareils photographiques et des instruments d\u2019optique d\u2019Allemagne de l\u2019Est (de la firme Leica). Aupr\u00e8s de lui, Paul sera aussi, plus particuli\u00e8rement charg\u00e9 de collaborer \u00e0 la maison d\u2019\u00e9ditions que Philippe Tiranty a fond\u00e9e pour diffuser notamment le Th\u00e9\u00e2tre Ni\u00e7ois de Francis Gag illustr\u00e9 par Emmanuel Bellini et les recherches linguistiques d\u2019Andr\u00e9 Compan (1921-2010).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Juridiques, son cursus est brillant, ponctu\u00e9 par de nombreux prix de licence le conduit \u00e0 obtenir deux DESS (Dipl\u00f4me d\u2019\u00c9tudes Sup\u00e9rieurs Sp\u00e9cialis\u00e9es) avec mentions, l\u2019un de droit priv\u00e9, l\u2019autre d\u2019histoire du droit avec un m\u00e9moire portant sur \u00ab Pierre M\u00e9llar\u00e8de, intendant du Comt\u00e9 de Nice \u00bb. Il en tirera un article pour Nice Historique en 1967. L\u2019enseignement l\u2019attire dans le domaine du droit priv\u00e9 en \u00ab raison de la subtilit\u00e9 de la technique et du raisonnement juridique du droit des biens \u00bb et il souhaite s\u2019inscrire en th\u00e8se sous la direction du Professeur Henri Lebreton (1909-1962) qui vient de quitter l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Alger pour rejoindre Nice. Le destin en d\u00e9cide autrement puisque le privatiste, sp\u00e9cialiste de droit des affaires d\u00e9c\u00e8de d\u2019un tragique accident de montagne dans le Mercantour. Paul gardera toujours son souvenir avec \u00e9motion et sera reconnaissant de la \u00ab rigueur que ce ma\u00eetre s\u00e9v\u00e8re mais juste lui avait insuffl\u00e9e \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Malauss\u00e9na d\u00e9cide alors d\u2019embrasser l\u2019histoire du droit (qu\u2019il servira avec bonheur et passion toute sa carri\u00e8re) et sollicite le ma\u00eetre qui avait dirig\u00e9 son m\u00e9moire : le Professeur Roger Aubenas (1903-1989), le pr\u00e9curseur de l\u2019histoire du droit priv\u00e9 proven\u00e7al qui avait contribu\u00e9 d\u00e8s sa jeunesse \u00e0 la pr\u00e9servation des archives notariales dans l\u2019ensemble de la France par une intervention normative. Cette rencontre inaugure une fid\u00e9lit\u00e9 faite de respect sans discontinuer qui sera entretenue jusqu\u2019\u00e0 la disparition de Roger Aubenas. Paradoxe (en apparence), le Cannois propose au Ni\u00e7ois dont il conna\u00eet les profondes racines dans le Comt\u00e9, de travailler sur les remarquables archives notariales m\u00e9di\u00e9vales inexploit\u00e9es t\u00e9moignant des \u00e9changes \u00e9conomiques depuis Nice vers la capitale de la Provence orientale et r\u00e9ciproquement. L\u2019auteur ma\u00eetrise certes les techniques juridiques dans ce pays de droit \u00e9crit sous influence du droit romain, mais est aussi sensible \u00ab \u00e0 l\u2019environnement humain \u00bb qui enrichit sa recherche. Ses apports ne sont pas des moindres \u00e0 l\u2019histoire du droit priv\u00e9 et il forge, par exemple, de mani\u00e8re pr\u00e9curseure le concept de \u00ab bourgeoisie de robe \u00bb, donnant corps \u00e0 la citation de Paul Val\u00e9ry, qu\u2019il se plaisait \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab Les institutions ne valent que ce qu\u2019en font les hommes \u00bb. Sa th\u00e8se de doctorat soutenue en 1967 et intitul\u00e9e La vie en Provence orientale aux XIVe et XVe si\u00e8cles : un exemple, Grasse \u00e0 travers les actes notari\u00e9s, 412 pages, est prim\u00e9e par la m\u00e9daille d\u2019honneur de la Facult\u00e9 (qui orna toujours son bureau de travail) et par le prix de l\u2019Association des Historiens des Facult\u00e9s de Droit ; elle para\u00eet en 1969 dans la prestigieuse Biblioth\u00e8que de droit priv\u00e9 \u00e0 la LGDJ. Le travail retient aussi l\u2019attention des coll\u00e8gues m\u00e9di\u00e9vistes dans l\u2019ensemble des communaut\u00e9s universitaires \u00e9trang\u00e8re et fran\u00e7aise dont l\u2019aixois No\u00ebl Coulet (1932-2023) qui nous le rappelait souvent avec plaisir, au sein du comit\u00e9 de r\u00e9daction de Provence historique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans notre universit\u00e9 de Nice (devenue Nice-Sophia-Antipolis et aujourd\u2019hui Universit\u00e9 C\u00f4te d\u2019Azur) que le futur r\u00e9dacteur en chef de Nice Historique fera l\u2019ensemble de sa carri\u00e8re depuis l\u2019assistanat jusqu\u2019au professorat, hormis un bref \u00ab exil \u00bb grenoblois, mais o\u00f9 il retrouva avec plaisir partag\u00e9 un de ses plus anciens amis et \u00ab camarades \u00bb de concours, le Professeur Philippe Didier. Il tint \u00e0 dispenser jusqu\u2019\u00e0 sa cessation d\u2019activit\u00e9s, le \u00ab grand \u00bb cours obligatoire d\u2019Histoire du droit, des institutions et des faits \u00e9conomiques et sociaux de premi\u00e8re ann\u00e9e de DEUG, puis de licence, \u00ab tr\u00e8s formateur \u00e0 ses yeux \u00bb car il permettait aux jeunes esprits de d\u00e9couvrir les racines historiques du droit et des institutions actuelles et peut-\u00eatre, de d\u00e9montrer leurs app\u00e9tences pour l\u2019histoire du droit. Des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9tudiants qu\u2019il accueille d\u00e8s leur tout premier cours, le premier lundi matin de leurs \u00e9tudes universitaires, rencontrent d\u2019abord une voix, \u00e0 la fois forte et chaleureuse, mais aussi une parole captivante et une m\u00e9thode rigoureuse : l\u2019aisance du propos n\u2019est que la fa\u00e7ade d\u2019un raisonnement construit et charpent\u00e9. \u00c0 peine sortis du lyc\u00e9e, ils d\u00e9couvrent avec lui ce que signifie l\u2019enseignement sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire des id\u00e9es politiques de l\u2019Antiquit\u00e9 jusqu\u2019aux Lumi\u00e8res (en licence) en symbiose avec le Professeur Ren\u00e9 Jean-Dupuy (1918-1997) membre de l\u2019Institut (qu\u2019il estimait grandement) fera d\u00e9couvrir \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations de publicistes ni\u00e7ois les grands penseurs occidentaux \u00c0 ceux qui ont suivi et ensuite partag\u00e9 avec lui ce cours qu\u2019il affectionnait, il laisse le souvenir d\u2019un ma\u00eetre scrupuleux, toujours soucieux d\u2019am\u00e9liorer son enseignement, par ses lectures, ses discussions, doutant toujours et avan\u00e7ant sans cesse vers la finesse de l\u2019analyse et l\u2019\u00e9l\u00e9gance du propos. Son cours d\u2019histoire du travail alliait, quant \u00e0 lui, subtilement histoire des techniques et histoire \u00e9conomique et sociale. Ses s\u00e9minaires de DEA (Dipl\u00f4me d\u2019\u00c9tudes Approfondies) et de doctorat pouvaient \u00eatre \u00ab classiquement \u00bb consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire des contrats, au droit priv\u00e9 m\u00e9di\u00e9val, \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019\u00c9tat, mais aussi de mani\u00e8re plus novatrice, \u00e0 celles des collectivit\u00e9s territoriales ou encore des institutions du Comt\u00e9 de Nice. Il enseigna ces derni\u00e8res en s\u00e9minaires de troisi\u00e8me cycle \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres en collaboration par le Professeur Monique Zerner. A la facult\u00e9 de droit, il travaille avec Maryse Carlin (1938-2004), Jacques Numa Lambert (1910-1999), Jacques Vidal (1925-2022), Guy Antonetti, Jean-Yves Coppolani (1946-2023), Michel Bottin, Fr\u00e9d\u00e9ric Muyard\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au regard de la direction de la recherche, il souhaitait accompagner des \u00ab travaux acad\u00e9miques choisis \u00bb tant au niveau des dipl\u00f4mes de troisi\u00e8me cycle : (Dipl\u00f4mes d\u2019\u00c9tudes Sup\u00e9rieures sp\u00e9cialis\u00e9s, Dipl\u00f4mes d\u2019\u00c9tudes Approfondies en Histoire du Droit et en Sciences Politiques), que des th\u00e8ses d\u2019histoire du droit. Un nombre certes restreint d\u2019\u00e9l\u00e8ves, mais certains deviendront ses disciples puis ses coll\u00e8gues car il dirigeait et suivait avec attention, patience et subtilit\u00e9 les sujets de m\u00e9moires qu\u2019il avait propos\u00e9s ou accept\u00e9s avec bienveillance. D\u2019ailleurs, il fut le premier enseignant \u00e0 prendre l\u2019initiative de les d\u00e9poser \u00e0 la Biblioth\u00e8que de la Facult\u00e9 afin qu\u2019ils soient catalogu\u00e9s. Que ce soit : \u00ab Les fondations pieuses dans le Comt\u00e9 de Nice \u00bb (Olivier Vernier, 1979) ; \u00ab Les corporations \u00e0 Nice aux XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles (Jacques Fighiera) ; \u00ab R\u00f4le de la Soci\u00e9t\u00e9 Populaire de Nice dans la mise en place des institutions fran\u00e7aises : octobre 1792-mai 1793 \u00bb, (Claude-Aline Encenas, 1983) ; \u00ab Approche juridique de certaines formes d\u2019utilisation du sol dans une communaut\u00e9 rurale \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime (Tende 1753-1792) \u00bb (Marc Ortolani, 1986) ; \u00ab L\u2019enseignement en principaut\u00e9 de Monaco aux XVIIe et XIXe si\u00e8cles \u00bb, (Alexandre Graboy-Grobesco,1988); \u00ab La s\u00e9cularisation de l\u2019\u00c9tat \u00bb (Bruno Assemat, 1998).<\/p>\n\n\n\n<p>Il si\u00e9gea dans les th\u00e8ses ni\u00e7oises d\u2019histoire du droit qu\u2019il dirigea ou codirigea (avec ma\u00eetrise, sens de l\u2019intuition et du dialogue) :<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9rard Burg, \u00ab L\u2019h\u00f4pital Saint-Roch et l&rsquo;hospice de la Charit\u00e9 de 1814 \u00e0 1914 \u00bb, 1968 ; Olivier Vernier, \u00ab L\u2019assistance priv\u00e9e dans les Alpes-Maritimes au XIXe si\u00e8cle 1814-1914 \u00bb, 1987 ; Marc Ortolani, \u00ab Aspects juridiques de la vie communautaire dans le Comt\u00e9 de Nice au XVIIIe si\u00e8cle, un exemple : Tende 1699-1792 \u00bb, 1991. Paul apporta aussi son expertise \u00e0 des th\u00e8ses ext\u00e9rieures int\u00e9ressant au premier chef Nice et le Comt\u00e9, comme, par exemple, celle de Pierre-Olivier Chaumet : \u00ab L\u2019administration fran\u00e7aise d\u2019un pays conquis sur la Maison de Savoie : le comt\u00e9 de Nice sous l&rsquo;autorit\u00e9 de Louis XIV (1691-1696) (1705-1713) \u00bb, Paris II, 2002, mais il apporta aussi sa science \u00e0 des travaux acad\u00e9miques turinois.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs de ces pages peuvent t\u00e9moigner avec \u00e9motion de l\u2019extraordinaire directeur de recherche que fut Paul Malauss\u00e9na. D\u00e8s le choix du sujet, parce qu\u2019il connaissait les archives, leur richesse et leurs pi\u00e8ges, il savait orienter son \u00e9l\u00e8ve vers les th\u00e8mes o\u00f9 il allait trouver mati\u00e8re \u00e0 d\u00e9ployer sa recherche. Puis il l\u2019accompagnait, avec r\u00e9gularit\u00e9 et comp\u00e9tence, mais aussi avec cet indispensable \u00e9quilibre fait de prudence et de bienveillance : diriger sans heurter, corriger pour am\u00e9liorer, stimuler pour avancer, encourager sans s\u2019emballer, tout un art subtil qu\u2019il n\u2019avait pas appris mais qui \u00e9tait la traduction inn\u00e9e de son intelligence et de son humanit\u00e9. Mais une fois le travail parvenu \u00e0 son terme, une fois celui-ci valid\u00e9 et reconnu, il savait encore accompagner ses \u00e9l\u00e8ves bien au-del\u00e0 de ses obligations statutaires de directeur de recherches. Ceux qui l\u2019ont c\u00f4toy\u00e9 en tant qu\u2019enseignant puis comme coll\u00e8gue, savent ce que leur carri\u00e8re lui doit.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que Paul Malauss\u00e9na concevait l\u2019Universit\u00e9, comme une maison commune o\u00f9 l\u2019on grandit et o\u00f9 l\u2019on aide ensuite \u00e0 grandir. Il aurait pu faire sienne la formule attribu\u00e9e \u00e0 ce chant spartiate : \u00ab Nous sommes ce qu\u2019ils furent ; vous serez ce que nous sommes \u00bb. Mais ce sens aigu de la continuit\u00e9 et de la transmission, il ne le concevait pas de mani\u00e8re statique et ferm\u00e9e ; libre en tant qu\u2019homme et libre en tant que chercheur, il concevait la transmission sans contraintes, de mani\u00e8re ouverte et \u00e9panouie : c\u2019est ainsi qu\u2019il a dirig\u00e9 des recherches universitaires ; c\u2019est ainsi qu\u2019il a collabor\u00e9 \u00e0 des ouvrages collectifs, c\u2019est ainsi qu\u2019il a continu\u00e9 \u00e0 diriger les travaux qu\u2019il a coordonn\u00e9s dans la revue o\u00f9 sont \u00e9crites ces lignes et qui lui doit tant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019avait pas oubli\u00e9 sa th\u00e8se consacr\u00e9e \u00ab \u00e0 l\u2019autre rive \u00bb : la Provence orientale ; aussi accepta-t-il de pr\u00e9sider notre association de Sauvegarde du Patrimoine \u00c9crit des Alpes-Maritimes, approuvant et encourageant les expositions th\u00e9matiques et les journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes. Il c\u00e9dera en 2004 la pr\u00e9sidence au docteur Colette Bourrier-Reynaud, tout en demeurant administrateur jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019\u00e2ge de 60 ans \u00e0 peine, il quitte discr\u00e8tement l\u2019Alma Mater pour se consacrer d\u00e9sormais \u00e0 Nice Historique, mais aussi \u00e0 la Biblioth\u00e8que du Chevalier Victor de Cessole en qualit\u00e9 de conservateur b\u00e9n\u00e9vole apr\u00e8s le d\u00e9part en retraite de Charles-Alexandre Fighiera (1908-1996). Dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des chercheurs, il sollicite alors pour le reclassement et le conditionnement des fonds d\u2019archives et documentaires l\u2019aide scientifique des Archives de la ville de Nice avec les comp\u00e9tences de Mireille Massot et Sylvie de Gall\u00e9ani.<\/p>\n\n\n\n<p>La revue fond\u00e9e en 1908 par Henri Sappia (dont il soulignait et appr\u00e9ciait\u2013paradoxalement- le caract\u00e8re de \u00ab rebelle \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli \u00bb, le go\u00fbt pour l\u2019aventure et son profond attachement \u00e0 la culture, \u00e0 la langue et au pass\u00e9 du pays ni\u00e7ois) \u00e9tant l\u2019organe de l\u2019Acad\u00e8mia Nissarda, Paul Malauss\u00e9na se devait de se d\u00e9dier \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 savante qu\u2019avait jadis int\u00e9gr\u00e9e son p\u00e8re et nombre d\u2019amis de ce dernier. Il y est admis d\u00e8s novembre 1961, parrain\u00e9 par l\u2019industriel Philippe Tiranty et l\u2019\u00e9rudit Charles Fenoglio de Briga, sous la pr\u00e9sidence de l\u2019historien Joseph Giordan. \u00c0 22 ans, c\u2019est alors un des plus jeunes soci. Il sera charg\u00e9 de l\u2019organisation et du compte-rendu des conf\u00e9rences prononc\u00e9es \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Scribe. Une \u00e9tape importante pour lui, comme il le rem\u00e9morait souvent, avec nostalgie. En raison de ses qualit\u00e9s scientifiques, il entre, sous la pr\u00e9sidence de L\u00e9on Barety au conseil de direction en mars 1964. Il est \u00e9lu vice-pr\u00e9sident donc membre du bureau r\u00e9\u00e9ligible, en juillet 1986 alors que Jean-Paul Barety (1928-2018), futur maire de Nice (1993-1995), pr\u00e9side la Compagnie. Cette fonction l\u2019occupe jusqu\u2019en 2021. Pendant ses mandats, il tient \u00e0 f\u00e9miniser la soci\u00e9t\u00e9 savante, en particulier le conseil de direction et \u00e0 l\u2019enrichir de nouveaux membres correspondants en particulier au Pi\u00e9mont.<\/p>\n\n\n\n<p>Son entr\u00e9e au Comit\u00e9 de r\u00e9daction qu\u2019il int\u00e8gre en mars 1964 lui permet d\u2019ouvrir la revue \u00e0 de nouveaux (et jeunes) chercheurs, coll\u00e8gues et disciples, venus de l\u2019Universit\u00e9 en droit et en science politique, mais aussi, en lettres et \u00e0 des membres des soci\u00e9t\u00e9s savantes. Lui m\u00eame apporte une cinquantaine de contributions. Il devient en 1987 r\u00e9dacteur en chef conjointement avec Ernest Hildesheimer (1912-2002), directeur des archives d\u00e9partementales jusqu\u2019en 1978 auquel un profond attachement intellectuel et humain le liait. En 2002 au d\u00e9c\u00e8s de ce dernier, il occupe seul ce poste et en 2009 jusqu\u2019en 2019, il devient directeur de la r\u00e9daction et se satisfait de l\u2019\u00e9lection de Jean-Paul David \u00e0 la pr\u00e9sidence de l\u2019Acad\u00e8mia en avril 2019, en \u00ab raison -disait-il- de notre attachement commun \u00e0 la montagne ni\u00e7oise \u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 ses derni\u00e8res semaines d\u2019existence, il tenait un petit c\u00e9nacle dans son bureau de la rue de l\u2019Escar\u00e8ne avec ses \u00ab amis historiques \u00bb, rejoints par Nadine Bovis (dont il appr\u00e9ciait le travail \u00e0 la Biblioth\u00e8que de Cessole et son \u00e9ph\u00e9m\u00e9ride annuel dans Nice Historique) par l\u2019archiviste Simonetta Tombaccini (qu\u2019il encouragea dans ses beaux ouvrages d\u2019histoire sociale et culturelle et dont il eut souvent la primeur de la lecture), parfois aussi par Mgr Jean-Louis Gazzaniga. Il \u00e9tait heureux que \u00ab les nouvelles de la ville viennent jusqu\u2019\u00e0 lui \u00bb, car il avait pris beaucoup de recul\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut souligner que c\u2019est sur les suggestions de Paul Malauss\u00e9na que la revue conna\u00eet un tournant \u00e9ditorial majeur, pr\u00e9curseur dans les publications d\u2019histoire r\u00e9gionale en France : la d\u00e9cision de proposer avec l\u2019aide de Georges V\u00e9ran rejoint par Lucien Mari et Denis Andreis des num\u00e9ros th\u00e9matiques \u00e0 compter de 1989 (en commen\u00e7ant par un num\u00e9ro sur l\u2019urbanisme ni\u00e7ois) jusqu\u2019en 2018 avec la publication sur l\u2019historique quartier de Saint-Barth\u00e9l\u00e9my, le dernier num\u00e9ro qu\u2019il supervisera. La volont\u00e9 d\u2019offrir aux soci et aux abonn\u00e9s, des approches th\u00e9matiques se poursuit jusqu\u2019\u00e0 nos jours avec Michel Bottin et Jean-Paul Potron.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut signaler in fine ses engagements spirituels et sociaux (qui n\u2019\u00e9taient pas \u00ab ostentatoires \u00bb) que ce soit, par son \u00e9lection au poste de prieur de l\u2019Archiconfr\u00e9rie de la Mis\u00e9ricorde (Les P\u00e9nitents Noirs de Nice) et par sa nomination par le pr\u00e9fet \u00e0 un si\u00e8ge d\u2019administrateur du Centre communal d\u2019action sociale puisque depuis 1860, les statuts de l\u2019ancien bureau de bienfaisance de Nice pr\u00e9voyaient la nomination de membres de l\u2019Archiconfr\u00e9rie de la Mis\u00e9ricorde comme administrateurs \u00ab pour perp\u00e9tuer l\u2019action caritative des si\u00e8cles pass\u00e9s \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi Paul Malauss\u00e9na avait assur\u00e9ment et humainement servi le monde de la recherche en m\u00eame temps que sa \u00ab petite patrie \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Olivier VernierMichel BottinMarc Ortolani Le Professeur Malauss\u00e9na est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 20 avril 2024. Avec ce d\u00e9part soudain, l&rsquo;histoire du droit perd un chercheur enracin\u00e9 dans l&rsquo;histoire du Comt\u00e9 de Nice et l\u2019Acad\u00e8mia et Nice-Historique un administrateur, collaborateur et auteur hors pair et l\u2019ASPEAM un pr\u00e9sident d\u2019honneur et membre fondateur. Les racines familiales de Paul Malauss\u00e9na sont issues des terroirs \u00ab authentiques \u00bb du Comt\u00e9 : racines utelloises du c\u00f4t\u00e9 paternel, racines turbiasques du c\u00f4t\u00e9 maternel (o\u00f9 l\u2019on se plaisait \u00e0 transmettre le r\u00e9cit du \u00ab sauvetage \u00bb et de la pr\u00e9servation de la statue de Notre-Dame-de-Laghet par un lointain anc\u00eatre lors de l\u2019entr\u00e9e des Fran\u00e7ais dans le Comt\u00e9 en 1792). Ses parents sont \u00e9clair\u00e9s par l\u2019histoire et l\u2019art : sa m\u00e8re Ad\u00e8le a tenu une galerie d\u2019art \u00e0 La Turbie et son p\u00e8re S\u00e9raphin, ancien combattant de la Guerre de 14 (o\u00f9 il eut comme camarade l\u2019\u00e9crivain Alain Fournier, l\u2019auteur du Grand Meaulnes), se d\u00e9voue, parall\u00e8lement \u00e0 ses fonctions dans la police nationale, envers la Mutualit\u00e9 polici\u00e8re \u00e0 Nice et \u00e0 l\u2019action sociale ; il est passionn\u00e9 d\u2019histoire de Nice et du Comt\u00e9, passion qu\u2019il transmettra \u00e0 Paul. Lors de ses \u00e9tudes secondaires ni\u00e7oises, l\u2019histoire et les langues anciennes le passionnent au point de vouloir parfaire son latin aupr\u00e8s d\u2019un v\u00e9n\u00e9rable (mais s\u00e9v\u00e8re) chanoine- ce qui lui servira lors de ses recherches ult\u00e9rieures de th\u00e8se- ; de tr\u00e8s vieux amis de sa famille, certains install\u00e9s \u00e0 La Turbie (ma\u00eetre Magagli) et \u00e0 Nice (Charles Fenoglio de Briga), f\u00e9rus d\u2019histoire locale lui conseillent de pr\u00e9senter alors le concours de l\u2019\u00c9cole des Chartes, ce qu\u2019il d\u00e9cline car cela l\u2019aurait contraint \u00e0 quitter Nice et le Comt\u00e9. Il d\u00e9cide alors de s\u2019inscrire \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Juridiques de Nice fond\u00e9 en 1937 par le doyen Louis Trotabas. Les cours sont dispens\u00e9s \u00e0 Nice et certains examens sont alors organis\u00e9s \u00e0 Aix-en-Provence. Il d\u00e9cide parall\u00e8lement d\u2019exercer des fonctions de surveillant dans des coll\u00e8ges, (notamment \u00e0 Cagnes-sur-Mer) o\u00f9 il rencontrera celle qui deviendra son \u00e9pouse, Dani\u00e8le et vers laquelle se tournent nos affectueuses pens\u00e9es. Il est \u00e9galement proche d\u2019un notable ni\u00e7ois Philippe Tiranty (1883-1973), inventeur de g\u00e9nie qui con\u00e7oit, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, les premi\u00e8res machines m\u00e9caniques \u00e0 affranchir le courrier et les fera breveter ; plus tard, il importera en Europe de l\u2019Ouest les premiers appareils photographiques et des instruments d\u2019optique d\u2019Allemagne de l\u2019Est (de la firme Leica). Aupr\u00e8s de lui, Paul sera aussi, plus particuli\u00e8rement charg\u00e9 de collaborer \u00e0 la maison d\u2019\u00e9ditions que Philippe Tiranty a fond\u00e9e pour diffuser notamment le Th\u00e9\u00e2tre Ni\u00e7ois de Francis Gag illustr\u00e9 par Emmanuel Bellini et les recherches linguistiques d\u2019Andr\u00e9 Compan (1921-2010). \u00c0 l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Juridiques, son cursus est brillant, ponctu\u00e9 par de nombreux prix de licence le conduit \u00e0 obtenir deux DESS (Dipl\u00f4me d\u2019\u00c9tudes Sup\u00e9rieurs Sp\u00e9cialis\u00e9es) avec mentions, l\u2019un de droit priv\u00e9, l\u2019autre d\u2019histoire du droit avec un m\u00e9moire portant sur \u00ab Pierre M\u00e9llar\u00e8de, intendant du Comt\u00e9 de Nice \u00bb. Il en tirera un article pour Nice Historique en 1967. L\u2019enseignement l\u2019attire dans le domaine du droit priv\u00e9 en \u00ab raison de la subtilit\u00e9 de la technique et du raisonnement juridique du droit des biens \u00bb et il souhaite s\u2019inscrire en th\u00e8se sous la direction du Professeur Henri Lebreton (1909-1962) qui vient de quitter l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Alger pour rejoindre Nice. Le destin en d\u00e9cide autrement puisque le privatiste, sp\u00e9cialiste de droit des affaires d\u00e9c\u00e8de d\u2019un tragique accident de montagne dans le Mercantour. Paul gardera toujours son souvenir avec \u00e9motion et sera reconnaissant de la \u00ab rigueur que ce ma\u00eetre s\u00e9v\u00e8re mais juste lui avait insuffl\u00e9e \u00bb. Paul Malauss\u00e9na d\u00e9cide alors d\u2019embrasser l\u2019histoire du droit (qu\u2019il servira avec bonheur et passion toute sa carri\u00e8re) et sollicite le ma\u00eetre qui avait dirig\u00e9 son m\u00e9moire : le Professeur Roger Aubenas (1903-1989), le pr\u00e9curseur de l\u2019histoire du droit priv\u00e9 proven\u00e7al qui avait contribu\u00e9 d\u00e8s sa jeunesse \u00e0 la pr\u00e9servation des archives notariales dans l\u2019ensemble de la France par une intervention normative. Cette rencontre inaugure une fid\u00e9lit\u00e9 faite de respect sans discontinuer qui sera entretenue jusqu\u2019\u00e0 la disparition de Roger Aubenas. Paradoxe (en apparence), le Cannois propose au Ni\u00e7ois dont il conna\u00eet les profondes racines dans le Comt\u00e9, de travailler sur les remarquables archives notariales m\u00e9di\u00e9vales inexploit\u00e9es t\u00e9moignant des \u00e9changes \u00e9conomiques depuis Nice vers la capitale de la Provence orientale et r\u00e9ciproquement. L\u2019auteur ma\u00eetrise certes les techniques juridiques dans ce pays de droit \u00e9crit sous influence du droit romain, mais est aussi sensible \u00ab \u00e0 l\u2019environnement humain \u00bb qui enrichit sa recherche. Ses apports ne sont pas des moindres \u00e0 l\u2019histoire du droit priv\u00e9 et il forge, par exemple, de mani\u00e8re pr\u00e9curseure le concept de \u00ab bourgeoisie de robe \u00bb, donnant corps \u00e0 la citation de Paul Val\u00e9ry, qu\u2019il se plaisait \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab Les institutions ne valent que ce qu\u2019en font les hommes \u00bb. Sa th\u00e8se de doctorat soutenue en 1967 et intitul\u00e9e La vie en Provence orientale aux XIVe et XVe si\u00e8cles : un exemple, Grasse \u00e0 travers les actes notari\u00e9s, 412 pages, est prim\u00e9e par la m\u00e9daille d\u2019honneur de la Facult\u00e9 (qui orna toujours son bureau de travail) et par le prix de l\u2019Association des Historiens des Facult\u00e9s de Droit ; elle para\u00eet en 1969 dans la prestigieuse Biblioth\u00e8que de droit priv\u00e9 \u00e0 la LGDJ. Le travail retient aussi l\u2019attention des coll\u00e8gues m\u00e9di\u00e9vistes dans l\u2019ensemble des communaut\u00e9s universitaires \u00e9trang\u00e8re et fran\u00e7aise dont l\u2019aixois No\u00ebl Coulet (1932-2023) qui nous le rappelait souvent avec plaisir, au sein du comit\u00e9 de r\u00e9daction de Provence historique. C\u2019est dans notre universit\u00e9 de Nice (devenue Nice-Sophia-Antipolis et aujourd\u2019hui Universit\u00e9 C\u00f4te d\u2019Azur) que le futur r\u00e9dacteur en chef de Nice Historique fera l\u2019ensemble de sa carri\u00e8re depuis l\u2019assistanat jusqu\u2019au professorat, hormis un bref \u00ab exil \u00bb grenoblois, mais o\u00f9 il retrouva avec plaisir partag\u00e9 un de ses plus anciens amis et \u00ab camarades \u00bb de concours, le Professeur Philippe Didier. Il tint \u00e0 dispenser jusqu\u2019\u00e0 sa cessation d\u2019activit\u00e9s, le \u00ab grand \u00bb cours obligatoire d\u2019Histoire du droit, des institutions et des faits \u00e9conomiques et sociaux de premi\u00e8re ann\u00e9e de DEUG, puis de licence, \u00ab tr\u00e8s formateur \u00e0 ses yeux \u00bb car il permettait aux jeunes esprits de d\u00e9couvrir les racines historiques du droit et des institutions actuelles et peut-\u00eatre, de d\u00e9montrer leurs app\u00e9tences pour l\u2019histoire du droit. Des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9tudiants qu\u2019il accueille d\u00e8s leur tout premier cours, le premier lundi matin de leurs \u00e9tudes universitaires, rencontrent d\u2019abord une voix, \u00e0 la fois forte et chaleureuse, mais aussi une parole captivante et une m\u00e9thode rigoureuse : l\u2019aisance du propos n\u2019est que la fa\u00e7ade d\u2019un raisonnement construit et charpent\u00e9. \u00c0 peine sortis du lyc\u00e9e, ils d\u00e9couvrent avec lui ce que signifie l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. L\u2019histoire des id\u00e9es politiques de l\u2019Antiquit\u00e9 jusqu\u2019aux Lumi\u00e8res (en licence) en symbiose avec le Professeur Ren\u00e9 Jean-Dupuy (1918-1997) membre de l\u2019Institut (qu\u2019il estimait grandement) fera d\u00e9couvrir \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations de publicistes ni\u00e7ois les grands penseurs occidentaux \u00c0 ceux qui ont suivi et ensuite partag\u00e9 avec lui ce cours qu\u2019il affectionnait, il laisse le souvenir d\u2019un ma\u00eetre scrupuleux, toujours soucieux d\u2019am\u00e9liorer son enseignement, par ses lectures, ses discussions, doutant toujours et avan\u00e7ant sans cesse vers la finesse de l\u2019analyse et l\u2019\u00e9l\u00e9gance du propos. Son cours d\u2019histoire du travail alliait, quant \u00e0 lui, subtilement histoire des techniques et histoire \u00e9conomique et sociale. Ses s\u00e9minaires de DEA (Dipl\u00f4me d\u2019\u00c9tudes Approfondies) et de doctorat pouvaient \u00eatre \u00ab classiquement \u00bb consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire des contrats, au droit priv\u00e9 m\u00e9di\u00e9val, \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019\u00c9tat, mais aussi de mani\u00e8re plus novatrice, \u00e0 celles des collectivit\u00e9s territoriales ou encore des institutions du Comt\u00e9 de Nice. Il enseigna ces derni\u00e8res en s\u00e9minaires de troisi\u00e8me cycle \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres en collaboration par le Professeur Monique Zerner. A la facult\u00e9 de droit, il travaille avec Maryse Carlin (1938-2004), Jacques Numa Lambert (1910-1999), Jacques Vidal (1925-2022), Guy Antonetti, Jean-Yves Coppolani (1946-2023), Michel Bottin, Fr\u00e9d\u00e9ric Muyard\u2026 Au regard de la direction de la recherche, il souhaitait accompagner des \u00ab travaux acad\u00e9miques choisis \u00bb tant au niveau des dipl\u00f4mes de troisi\u00e8me cycle : (Dipl\u00f4mes d\u2019\u00c9tudes Sup\u00e9rieures sp\u00e9cialis\u00e9s, Dipl\u00f4mes d\u2019\u00c9tudes Approfondies en Histoire du Droit et en Sciences Politiques), que des th\u00e8ses d\u2019histoire du droit. Un nombre certes restreint d\u2019\u00e9l\u00e8ves, mais certains deviendront ses disciples puis ses coll\u00e8gues car il dirigeait et suivait avec attention, patience et subtilit\u00e9 les sujets de m\u00e9moires qu\u2019il avait propos\u00e9s ou accept\u00e9s avec bienveillance. D\u2019ailleurs, il fut le premier enseignant \u00e0 prendre l\u2019initiative de les d\u00e9poser \u00e0 la Biblioth\u00e8que de la Facult\u00e9 afin qu\u2019ils soient catalogu\u00e9s. Que ce soit : \u00ab Les fondations pieuses dans le Comt\u00e9 de Nice \u00bb (Olivier Vernier, 1979) ; \u00ab Les corporations \u00e0 Nice aux XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles (Jacques Fighiera) ; \u00ab R\u00f4le de la Soci\u00e9t\u00e9 Populaire de Nice dans la mise en place des institutions fran\u00e7aises : octobre 1792-mai 1793 \u00bb, (Claude-Aline Encenas, 1983) ; \u00ab Approche juridique de certaines formes d\u2019utilisation du sol dans une communaut\u00e9 rurale \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime (Tende 1753-1792) \u00bb (Marc Ortolani, 1986) ; \u00ab L\u2019enseignement en principaut\u00e9 de Monaco aux XVIIe et XIXe si\u00e8cles \u00bb, (Alexandre Graboy-Grobesco,1988); \u00ab La s\u00e9cularisation de l\u2019\u00c9tat \u00bb (Bruno Assemat, 1998). Il si\u00e9gea dans les th\u00e8ses ni\u00e7oises d\u2019histoire du droit qu\u2019il dirigea ou codirigea (avec ma\u00eetrise, sens de l\u2019intuition et du dialogue) : G\u00e9rard Burg, \u00ab L\u2019h\u00f4pital Saint-Roch et l&rsquo;hospice de la Charit\u00e9 de 1814 \u00e0 1914 \u00bb, 1968 ; Olivier Vernier, \u00ab L\u2019assistance priv\u00e9e dans les Alpes-Maritimes au XIXe si\u00e8cle 1814-1914 \u00bb, 1987 ; Marc Ortolani, \u00ab Aspects juridiques de la vie communautaire dans le Comt\u00e9 de Nice au XVIIIe si\u00e8cle, un exemple : Tende 1699-1792 \u00bb, 1991. Paul apporta aussi son expertise \u00e0 des th\u00e8ses ext\u00e9rieures int\u00e9ressant au premier chef Nice et le Comt\u00e9, comme, par exemple, celle de Pierre-Olivier Chaumet : \u00ab L\u2019administration fran\u00e7aise d\u2019un pays conquis sur la Maison de Savoie : le comt\u00e9 de Nice sous l&rsquo;autorit\u00e9 de Louis XIV (1691-1696) (1705-1713) \u00bb, Paris II, 2002, mais il apporta aussi sa science \u00e0 des travaux acad\u00e9miques turinois. Les auteurs de ces pages peuvent t\u00e9moigner avec \u00e9motion de l\u2019extraordinaire directeur de recherche que fut Paul Malauss\u00e9na. D\u00e8s le choix du sujet, parce qu\u2019il connaissait les archives, leur richesse et leurs pi\u00e8ges, il savait orienter son \u00e9l\u00e8ve vers les th\u00e8mes o\u00f9 il allait trouver mati\u00e8re \u00e0 d\u00e9ployer sa recherche. Puis il l\u2019accompagnait, avec r\u00e9gularit\u00e9 et comp\u00e9tence, mais aussi avec cet indispensable \u00e9quilibre fait de prudence et de bienveillance : diriger sans heurter, corriger pour am\u00e9liorer, stimuler pour avancer, encourager sans s\u2019emballer, tout un art subtil qu\u2019il n\u2019avait pas appris mais qui \u00e9tait la traduction inn\u00e9e de son intelligence et de son humanit\u00e9. Mais une fois le travail parvenu \u00e0 son terme, une fois celui-ci valid\u00e9 et reconnu, il savait encore accompagner ses \u00e9l\u00e8ves bien au-del\u00e0 de ses obligations statutaires de directeur de recherches. Ceux qui l\u2019ont c\u00f4toy\u00e9 en tant qu\u2019enseignant puis comme coll\u00e8gue, savent ce que leur carri\u00e8re lui doit. C\u2019est ainsi que Paul Malauss\u00e9na concevait l\u2019Universit\u00e9, comme une maison commune o\u00f9 l\u2019on grandit et o\u00f9 l\u2019on aide ensuite \u00e0 grandir. Il aurait pu faire sienne la formule attribu\u00e9e \u00e0 ce chant spartiate : \u00ab Nous sommes ce qu\u2019ils furent ; vous serez ce que nous sommes \u00bb. Mais ce sens aigu de la continuit\u00e9 et de la transmission, il ne le concevait pas de mani\u00e8re statique et ferm\u00e9e ; libre en tant qu\u2019homme et libre en tant que chercheur, il concevait la transmission sans contraintes, de mani\u00e8re ouverte et \u00e9panouie : c\u2019est ainsi qu\u2019il a dirig\u00e9 des recherches universitaires ; c\u2019est ainsi qu\u2019il a collabor\u00e9 \u00e0 des ouvrages collectifs, c\u2019est ainsi qu\u2019il a continu\u00e9 \u00e0 diriger les travaux qu\u2019il a coordonn\u00e9s dans la revue o\u00f9 sont \u00e9crites ces lignes et qui lui doit tant. Il n\u2019avait pas oubli\u00e9 sa th\u00e8se consacr\u00e9e \u00ab \u00e0 l\u2019autre rive \u00bb : la Provence orientale ; aussi accepta-t-il de pr\u00e9sider notre association de Sauvegarde du Patrimoine \u00c9crit des Alpes-Maritimes, approuvant et encourageant les expositions th\u00e9matiques et les journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes. Il c\u00e9dera en 2004 la pr\u00e9sidence au docteur Colette Bourrier-Reynaud, tout en demeurant administrateur jusqu\u2019\u00e0 nos jours. A l\u2019\u00e2ge de 60 ans \u00e0 peine, il quitte discr\u00e8tement l\u2019Alma Mater pour se consacrer d\u00e9sormais \u00e0 Nice Historique, mais&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[92],"tags":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2983"}],"collection":[{"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2983"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2983\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2985,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2983\/revisions\/2985"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2983"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2983"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aspeam.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2983"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}